Articles et réflexions · Texte de julespeter dorval

Aux thérapeutes,

Manuscrit · pages 128–130

Aux thérapeutes,

« Vous arrivez avec votre boîte à outils, que vous devez adapter individuellement à chaque cas d’AS. »

Vous ne pouvez pas vous reposer sur une méthode unique ou espérer qu’un travail aboutisse inévitablement à un résultat précis. Apprendre à agir de la sorte demande de nombreuses années d’expérience.

L’essentiel réside dans l’accueil inconditionnel de l’AS dans votre cœur, accompagné d’un engagement total. Vous apprendrez à aimer l’AS telle qu’elle est, à l’écouter pleinement, sans craindre aucun risque de transfert. Vous deviendrez ainsi une part intégrante de l’univers de l’AS, qui vous acceptera et vous adoptera, conférant un véritable sens à vos efforts.

Mise en situation

Je me posais sans cesse la question : comment lutter contre cette dépression qui m’envahit, comment gérer un temps qui m’échappe toujours ? Je partais toujours trop tard, j’arrivais invariablement en retard. L’idée même d’attendre, même une minute, m’était insupportable.

Chaque rendez-vous se transformait en une épreuve insurmontable. La présence d’inconnus me mettait mal à l’aise, et l’image d’un visage inconnu ne cessait de me hanter. Le moindre bruit, ces petits sons qui devraient rester en arrière-plan, m’agressait sans relâche. Mon casque anti-bruit, censé me protéger, se révélait bien insuffisant, et la frustration montait en moi jusqu’à me pousser à vouloir frapper quelque chose pour évacuer ma colère.

Je me surprenais à interroger le comportement des autres : « Pourquoi agissent-ils ainsi ? » Qu’ont-ils encore à faire ? » Tout semblait accentuer mon malaise, de l’odeur nauséabonde qui m’envahissait malgré mes tentatives de m’en protéger à l’étroitesse de l’espace qui m’écrasait. Je me demandais alors si quelqu’un d’autre ressentait la même détresse, s’ils étaient tristes ou en colère, ou s’ils se moquaient de moi.

Pris au dépourvu par mes propres paroles et gestes, je sentais que je n’avais plus ma place dans ce monde. Les regards étranges des autres me submergeaient, et chaque sonnerie, chaque minute qui passait m’arrachait un peu plus mon calme.

La fatigue finissait par l’emporter : une nuit blanche, cinq heures supplémentaires dans un tourbillon d’impuissance, sans barres énergétiques ni quoi que ce soit pour apaiser ma soif de répit. La crise montait en moi et j’explosais intérieurement, poussé par un besoin irrépressible de partir, de m’évader, sans savoir où aller.