Les fonctions exécutives chez l’enfant (allistique ou autiste)
La mémoire de travail
La mémoire de travail gère en continu un flot d’informations dans le cerveau et répartit leur stockage dans des zones spécifiques. Elle détermine ce qui est utile maintenant, ce qui pourra l’être plus tard et ce qui peut être écarté immédiatement. De plus, elle élabore des « algorithmes » internes synthétisant plusieurs données, et veille à ce que les souvenirs à long terme soient accessibles au moment opportun. Grâce à elle, nous sommes capables d’accomplir des tâches complexes, de les suivre pas à pas et de nous appuyer sur des expériences passées mémorisées. Elle nous aide également à surveiller notre propre comportement et à envisager toutes les solutions possibles avant d’en choisir une.
Lorsque la mémoire de travail est peu performante, on observe souvent des difficultés dans d’autres domaines : concentration, maintien de l’attention, inhibition insuffisante ou incapacité à élaborer un plan. Il n’est pas toujours évident de déterminer la cause exacte du problème.
Les fonctions exécutives selon Céline Alvarez
Céline Alvarez, chercheuse en neurosciences appliquées à l’éducation, regroupe les fonctions exécutives (FE) en trois grands domaines :
● Le contrôle inhibiteur (ou maîtrise de soi) englobe la discipline personnelle, la gestion des distractions, la capacité à attendre son tour pour parler ou agir, le contrôle des émotions et la persévérance.
● La flexibilité cognitive regroupe la créativité et permet de réorganiser ses idées face à de nouvelles informations, de changer de stratégie lorsqu’une approche ne fonctionne pas et de repérer ses erreurs.
● L’entraînement de la mémoire de travail correspond à la capacité à maintenir un raisonnement cohérent.
Plus concrètement, la mémoire de travail aide à retenir des consignes, à structurer ses idées et à se souvenir du sens des mots qu’on vient de lire.
Pourquoi les fonctions exécutives sont-elles essentielles ? Avant même d’aborder les apprentissages scolaires (lire, écrire, compter), c’est l’acquisition et le renforcement des fonctions exécutives qui sont primordiaux. La période de 3 à 5 ans – correspondant à la maternelle en France – est particulièrement critique : c’est durant ces années qu’un « window of opportunity » existe pour apprendre à se contrôler, à être attentif et à mémoriser consciemment des informations. Source : Céline Alvarez.
Le rôle des parents En tant que parents, nous pouvons offrir aux enfants, qu’ils soient allistiques ou autistes, les expériences et les activités nécessaires pour développer ces compétences à la maison.
Les fonctions exécutives clés pour les enfants autistes
1. Inhibition (autodiscipline)
2. Planification
○ Élaborer un plan
○ Organiser son temps et ses activités
○ Prévoir en amont
3. Flexibilité mentale
○ S’adapter à des circonstances nouvelles
○ Éviter la rigidité et développer la souplesse d’esprit
Liste des fonctions exécutives (FE)
● Attention sélective : porter son attention sur les informations pertinentes et ne pas se laisser distraire. Se centrer sur un seul élément et ignorer le reste.
● Inhibition (penser avant d’agir) : capacité de réfléchir avant d’agir, de résister aux impulsions.
● Mémoire de travail : conserver et manipuler des informations en mémoire tout en réalisant des tâches complexes.
● Autorégulation émotionnelle : gérer ses émotions pour atteindre ses objectifs, accomplir une tâche ou maîtriser son comportement.
● Attention soutenue : rester concentré malgré les distractions, la fatigue ou l’ennui.
● Initiation de la tâche : démarrer un projet sans procrastination, en temps utile et de manière efficace.
● Planification et priorisation : définir les étapes pour atteindre un objectif, décider ce qui est important et ce qui l’est moins.
● Organisation : structurer ou classer les éléments selon un système cohérent.
● Gestion du temps : estimer la durée des activités, répartir son temps et respecter les échéances.
● Persévérance : maintenir ses efforts jusqu’à l’atteinte d’un but, sans se laisser décourager par des besoins ou intérêts concurrents.
● Flexibilité cognitive : adapter ses plans face à un obstacle, un résultat inattendu ou de nouvelles informations.
● Métacognition : prendre du recul pour observer la situation et son propre fonctionnement, s’auto-évaluer et ajuster sa stratégie.
Quand les fonctions exécutives sont-elles requises ?
Don Norman et Tim Shallice ont identifié cinq types de situations où l’activation automatique des habitudes ne suffit pas et où les fonctions exécutives sont indispensables :
1. Planification et prise de décision
2. Ajustement du comportement et correction d’erreurs
3. Apprentissage de nouveaux schémas d’action
4. Contextes dangereux ou techniquement difficiles
5. Rupture d’habitudes bien ancrées
Il arrive que l’action s’interrompe faute des FE nécessaires pour résoudre un problème. Une personne « bien accompagnée » maîtrise ses fonctions exécutives, tandis que celle qui en est dépourvue vit régulièrement des moments pénibles, fragilise sa confiance en elle, génère stress et angoisse, et peut glisser vers la dépression.
Allistique vs AS : l’identité
Pour une personne AS, l’identité s’appuie exclusivement sur ses performances et ses capacités du moment. Les troubles constituent un handicap majeur : comme un acteur brillant sur scène interrompu net par un trou de mémoire, l’AS peut rester paralysé et faire une crise d’angoisse. « L’AS existe à travers ses talents et ses passions, sans projection sur un « demain » meilleur ; tout peut s’effondrer en un instant de faiblesse. »
À l’inverse, une personneallistique voit rarement son identité anéantie par un moment de doute : elle dispose de ressources automatiques et de bons souvenirs sur lesquels s’appuyer, même face à l’incapacité passagère. L’AS, lui, peut souffrir longtemps de ces effacements et de cette insécurité.
« Croyez-moi, les fonctions exécutives sont la clé d’une vie meilleure pour les AS. »
Enseigner les fonctions exécutives
Parents et éducateurs ont un rôle essentiel : plus tôt on enseigne les FE, mieux c’est. Entre 3 et 5 ans, c’est l’âge idéal ; après, c’est plus difficile, mais toujours possible. La passion fournit l’énergie pour développer chaque fonction exécutive l’une après l’autre. La volonté positive — c’est-à-dire la capacité à entretenir une motivation — reste la FE la plus importante à cultiver tout au long de la vie.
Une expérimentation aux Pays-Bas
Aux Pays-Bas, le ROC piloté par Silvester van Dooremaalen teste un système où les FE remplacent les notes comme critère d’évaluation. L’idée : créer un égalitarisme qui compense les handicaps et valorise la capacité de fonctionnement social et professionnel, indépendamment des diplômes.
Du handicap au « handicap »
Aujourd’hui, nos valeurs reposent sur les diplômes, masquant l’incapacité de certains à remplir une mission ou un emploi. Avec les FE appropriées, une personne peut exceller dans un domaine sans être la mieux diplômée. À l’instar du golf, où le handicap mesure la différence entre un score idéal et le résultat réel, on peut évaluer les FE nécessaires pour accomplir une tâche sans « handicap ». Ainsi, un rééquilibrage des compétences devient possible.
Enfin, rappelons que les enfants AS, les surdoués et ceux ayant subi des traumatismes précoces présentent plus souvent des difficultés exécutives : mieux les comprendre et les soutenir est essentiel.
Les fonctions exécutives jouent un rôle déterminant dans la réussite scolaire, parfois même plus que l’intelligence. Elles permettent d’adopter un comportement résolument tourné vers un objectif. Vous pouvez être brillant, mais si vous vous laissez distraire par chaque stimulus externe (bruits, mouvements en classe) ou interne (penser à autre chose), l’apprentissage devient beaucoup plus ardu pour l’AS.
Ces fonctions sont d’autant plus indispensables dans les situations nouvelles. Or, l’école est un lieu où l’on est sans cesse confronté à de nouvelles connaissances : vos fonctions exécutives y sont donc cruciales. Comme le souligne Horeweg (2021), instaurer des routines au sein de l’environnement scolaire permet de les alléger et de mieux soutenir les apprentissages.