Articles et réflexions · Texte de julespeter dorval

Jeffrey Schwartz, neuropsychiatre à l’UCLA, affirme : « Vous êtes plus que votre cerveau. »

Manuscrit · pages 212–217

Jeffrey Schwartz, neuropsychiatre à l’UCLA, affirme : « Vous êtes plus que votre cerveau. »

Dans les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), les circuits cérébraux tournent en boucle : le cortex préfrontal, véritable « levier de vitesses », reste connecté à la structure de nos habitudes, logée dans le « centre d’habitudes ». Le comportement automatique, nécessaire à notre fonctionnement, peut pourtant devenir obsessionnel. Quant au cortex orbitofrontal – siège de la prise de décision –, il peut se bloquer, à l’image d’un mécanisme grippé.

L’une des solutions consiste en un entraînement thérapeutique visant à réinterpréter émotions et pensées : renommer et recadrer ces signaux obsessionnels, puis se dire : « Ce n’est pas nécessaire ; c’est un faux message de mon cerveau, je peux le changer. » Face aux TOC, la seule thérapie comportementale ne suffit pas : un vrai entraînement est indispensable pour réapprendre à reconsidérer ses émotions, ses pensées et ses comportements. Cet entraînement emprunte beaucoup aux méthodes d’éducation animale, mais nous sommes plus qu’un simple cerveau : un animal ne peut pas déclarer : « Ce n’est pas moi, je ne suis pas ces sentiments ni ces pensées. » C’est justement à ce moment-là que l’on trouve l’effet de levier : on comprend le mécanisme et l’on peut choisir de ne pas réagir aux prochains sentiments ou pensées.

L’Avocat Savant : la découverte de votre vrai Soi

Une personne ne se réduit pas aux seuls mécanismes de son cerveau.

Le soi intérieur se manifeste comme une voix narrative bienveillante qui vous guide à travers les épreuves, en focalisant votre attention sur le positif.

L’Avocat Savant est le fruit de la réponse de Jeffrey Schwartz après quarante ans de recherches sur la pleine conscience. Il agit comme un spectateur impartial : bien plus qu’une simple conscience, c’est un guide intérieur aimant, un récit intime et une perspective d’observateur.

Pour surmonter vos innombrables difficultés, l’Avocat Savant doit entrer en relation avec votre vrai Soi et communiquer avec lui.

Désidentification et détachement

Je ne suis pas mon corps, mes émotions, mes pensées ni mes angoisses. En neurosciences, on pratique souvent l’« observation de soi » de manière détachée : en examinant séparément les états émotionnels et les réactions qui en découlent, on parvient à reprendre le contrôle de la situation.

L’objectif n’est pas de devenir un automate, mais de se libérer de certaines émotions, pensées, sensations physiques ou dépendances afin de ne plus en être l’esclave. Il s’agit de rompre avec les réactions automatiques et obsessionnelles.

L’AS adopte une posture intrinsèquement détachée et désidentifiée : rien n’est figé, tout dépend de qui nous sommes et du contexte dans lequel nous nous trouvons. L’AS ne s’appuie pas sur une identité figée et, le plus souvent, elle reporte les réactions impulsives à plus tard.

Prendre du recul renforce notre maîtrise de soi : nous ne sommes plus à la merci de nos pulsions et de nos émotions, et nous pouvons apprendre à gérer notre psyché plutôt qu’à en rester victimes.

Daniel Siegel, de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), a introduit le concept de « mindsight » (litt. « vue de l’esprit »), c’est-à-dire la capacité à percevoir clairement ses propres émotions et processus mentaux. Il l’articule autour de trois principes : l’ouverture, l’observation et l’objectivité.

● Ouverture : accueillir son monde intérieur tel qu’il est, sans le déformer.

● Observation : constater, dans une perspective détachée, nos réactions émotionnelles et mentales fugitives, sans s’y identifier ni céder aux automatismes.

● Objectivité : prendre conscience que nos pensées et nos émotions ne nous définissent pas.

Chez la personne autiste (AS), certaines zones cérébrales impliquées dans la gestion du temps, la construction de l’identité, l’orientation spatiale et la communication fonctionnent différemment de celles d’une personne allistique. Contrairement au « centre d’intégration » des allistiques, l’AS développe des modes de traitement alternatifs.

Selon Siegel, le « mindsight » s’enracine dans le cortex préfrontal, en retrait du cerveau limbique : il permet une observation calme, libérée des pulsions et de l’anxiété. Chez l’AS, cette forme de « vue de l’esprit » peut prendre des allures de transe ; elle se manifeste souvent par des compétences extrasensorielles et une grande finesse intellectuelle.

Certains chercheurs, comme Jeffrey Schwartz de l’UCLA, considèrent le détachement intérieur comme un puissant levier de guérison : nommer nos états émotionnels en réduit l’emprise. Schwartz propose un protocole en quatre étapes :

1. Renommer : identifier et désigner clairement chaque état émotionnel ou mental.

2. Recadrer : se distancier en affirmant : « Ce n’est pas moi, c’est mon cerveau qui produit cette panique ».

3. Recentrer : détourner volontairement son attention vers une autre activité : sport, écriture, musique…

4. Réévaluer : dialoguer avec son « coach intérieur », adopter un point de vue plus sage et élargi sur la situation.

Ces méthodes, éprouvées dans la vie quotidienne, font partie intégrante de notre expérience : l’AS, en raison de ses particularités neurologiques, est souvent amené à les mettre en œuvre pour mieux fonctionner et survivre dans un monde adapté aux allistiques.

Siegel et Schwartz s’accordent sur l’importance de la désidentification : observer ses pensées et ses émotions sans s’y confondre, première étape vers une psychosynthèse – c’est-à-dire l’intégration harmonieuse de tous nos aspects. Si nous nous identifions à la maladie, à la douleur ou à l’âge, nous limitons nos possibles ; en nous détachant, nous découvrons que nous sommes bien plus que les états passagers de notre corps ou de notre esprit, et que le bien-être, la croissance, le travail et les relations s’ouvrent à de nouvelles perspectives.

Pour l’AS, apprendre à se détacher exige un effort particulier : mémoire exceptionnelle, idées fixées et perceptions spécifiques rendent l’exercice plus long et plus laborieux. Un travail en profondeur est nécessaire pour déconstruire les fausses croyances et effacer les obstacles intérieurs. Dans le cas d’angoisses envahissantes, par exemple, s’identifier à la peur enferme dans un monde émotionnel étroit : reconnaître que cette peur ne nous appartient pas, que notre Soi demeure immuable, permet de reprendre l’espace intérieur dont nous avons besoin pour vivre autrement que comme corps en souffrance.