Articles et réflexions · Texte de julespeter dorval

Quelques réflexions inspirées par Piero Ferrucci, psychothérapeute italien, sur nos désirs envahissants.

Manuscrit · pages 218–219

Quelques réflexions inspirées par Piero Ferrucci, psychothérapeute italien, sur nos désirs envahissants.

Le détachement — et plus encore le détachement vis-à-vis de nos désirs — est préconisé dans de nombreuses traditions spirituelles. Pourtant, refouler ou supprimer un désir est quasiment impossible : le désir est une force intrinsèque qui ne se laisse pas vaincre. En fait, c’est même un signe de vitalité quand nos désirs s’affirment avec intensité. Mais ils peuvent vite devenir excessifs, nous envahir à l’improviste et nous pousser à l’extrême.

Nous nous trouvons alors pris dans une frénésie : affamés de satisfactions, agités, impatients et souvent désespérés dans un monde où nos besoins sont parfois purement imaginaires. Si nous ne pouvons pas éradiquer ces élans, nous pouvons en revanche prendre de la distance : en observant nos désirs avec lucidité, ils perdent de leur emprise. Nous apprenons alors à distinguer ce qui relève d’un désir passager et ce qui correspond à une véritable nécessité.

Fixer des limites dès le plus jeune âge.

Il est crucial de fixer des limites dès le plus jeune âge, car une fois les comportements indésirables installés, il devient trop tard pour les modifier en profondeur. L’« AS » adopte parfois un comportement sans bornes et a réellement besoin que ses parents servent de modèle : il faut expliciter les règles et expliquer comment les appliquer. Dès l’enfance, ces cadres doivent être posés clairement, sinon les mauvais réflexes s’ancrent et sont imités.

Il existe par ailleurs des exemples emblématiques de personnalités AS influentes dépourvues de limites suffisantes : Elon Musk s'immisce dans le politique mondial, dans les élections, Mark Zuckerberg (Meta) est régulièrement critiqué pour l’exploitation abusive des données personnelles et pour les techniques de persuasion issues des neurosciences appliquées aux réseaux sociaux. Bill Gates (Microsoft) est accusé de s’approprier des idées, de recourir à l’espionnage industriel et d’adopter une stratégie commerciale écrasante. Dans leurs domaines respectifs, leurs désirs de puissance et de profit ont souvent eu des conséquences néfastes pour la société.

Ces exemples illustrent un manque de conscience des répercussions de certains actes. À une époque où l’on veut voir tous ses désirs exaucés, et de préférence sans délai, le recul fait souvent défaut, et un aveuglement moral devient manifeste.