Articles et réflexions · Texte de julespeter dorval

Différences sociales : mes indices

Manuscrit · pages 167–174

Différences sociales : mes indices

Cochez les affirmations qui correspondent à vos propres expériences et qui vous ont été signalées comme indices de vos différences sociales :

● J’ai souvent l’impression d’être ignoré au sein d’un groupe ; les autres se comportent comme si je n’existais pas.

● Je peine à m’intégrer dans un groupe.

● On m’a dit que j’étais trop silencieux, qu’il fallait que je parle davantage.

● On m’a reproché de trop parler.

● On m’a dit que j’avais trop d’opinions.

● Les autres semblent frustrés par mon comportement, et je ne comprends pas pourquoi.

● On m’a qualifié d’arrogant.

● On m’a dit que je manquais d’émotion.

● J’ai des difficultés à m’entendre avec les autres ; je me dispute fréquemment.

● On m’a souvent reproché un comportement inapproprié.

● À plusieurs reprises, on m’a confié que je mettais les gens mal à l’aise.

● Il m’arrive de dire la mauvaise chose au mauvais moment.

● On m’a conseillé d’être plus attentif aux autres.

● Je n’ai pas autant d’amitiés — ni d’amitiés de qualité — que je le souhaiterais.

● Je n’ai pas de partenaire sentimental, alors que j’en voudrais un.

Problèmes de jugement dans une situation sociale

Les personnes du spectre autistique (AS) rencontrent souvent des difficultés pour collecter et analyser les informations sociales, ce qui affecte leur capacité à décider quoi dire ou faire. Lorsqu’une réponse inadaptée survient, on l’appelle une « erreur sociale ».

Il existe de nombreux types d’erreurs sociales :

● Mauvaise gestion des informations sociales : une interprétation erronée conduit à des décisions inappropriées et à des comportements maladroits.

● Inaction ou paralysie : contrairement à une personne allistique, qui peut commettre des erreurs sans que cela ébranle son « confort identitaire », l’AS reste dans l’insécurité et peine à faire valoir son action.

● Grossièretés dites dans l’ignorance : l’AS peut proférer des propos ou adopter des gestes jugés impolis sans en percevoir les conséquences, déclenchant une spirale d’incompréhension et de malaise.

Exemple : quelqu’un qui éprouve un sentiment amoureux, un peu réservé, essaie de dissimuler ses émotions. Ses mots lui échappent, et il se retrouve dans une situation extrêmement gênante, submergé par un flot d’émotions et de pensées, avec une seule envie : s’enfuir en courant.

Bienvenue dans le monde de l’AS ! La fuite n’est pas une option : la seule issue est de comprendre ce qui se passe et de se sentir à nouveau à l’aise.

Traitement de la communication non verbale

Les personnes du spectre autistique disposent souvent de solides compétences verbales et s’appuient principalement sur les mots, parlés ou écrits. En revanche, elles ont plus de difficultés à décoder les indices non verbaux — ton de la voix, volume, inflexions (hauts et bas du ton) et prosodie (rythme, durée, mélodie).

Lire les autres

Les chercheurs en autisme ont identifié plusieurs types de problèmes pour « lire » autrui. Chacune de ces dimensions de la perception sociale a été étudiée :

1. Reconnaître et interpréter les signaux sociaux

2. Inférer les pensées d’autrui

3. Faire preuve d’empathie face aux signaux sociaux

Manque d’indices sociaux

Les indices sociaux relèvent de la cognition sociale. Pour analyser une scène sociale, il est crucial de prêter attention au cadre global, au discours, à la posture et aux expressions faciales des autres. Sans ces informations, il est impossible de formuler de bonnes inférences et de poser des jugements pertinents sur la conduite à tenir.

Les personnes du spectre autistique manquent souvent ces indices, de deux manières principales :

1. Cécité sélective (inattention) aux signaux : certains ne perçoivent pas un certain type d’indice, comme s’ils étaient aveugles à une expression faciale contrariée.

2. Sous-estimation de la pertinence : d’autres remarquent le signal (par exemple, un regard agacé) mais n’en considèrent pas l’importance pour l’interaction en cours.

En comprenant ces mécanismes, il devient possible d’apprendre à mieux décrypter et gérer les échanges sociaux, et ainsi de réduire l’anxiété et les erreurs liées à ces difficultés.

Lire dans les pensées

Tenter de deviner ce qu’une autre personne pense ou ressent s’appelle « lire dans les pensées », ou encore comprendre le point de vue d’autrui. Il ne s’agit pas de clairvoyance ni de perception extrasensorielle ; c’est simplement le processus par lequel on élabore une hypothèse sur ce que l’autre pense ou ressent, en se mettant à sa place.

Brutalement honnêtes

Les personnes sur le spectre sont souvent perçues par leur entourage comme « brutalement honnêtes » et manichéennes, car elles expriment leurs pensées sans mesurer l’impact de leurs mots.

Note psychiatrique

Lorsque notre corps libère de l’adrénaline, notre pensée devient plus binaire : on réagit au danger en mode « tout ou rien », avec moins de nuance et de réflexion.

Empathie

L’empathie, c’est la capacité de comprendre et de partager les émotions d’une autre personne, même si ces émotions diffèrent des nôtres.

Conseil pour les personnes AS

1. Mettez-vous à la place de l’autre : imaginez ce qu’il vit.

2. Identifiez l’émotion qu’il ressent et pourquoi.

3. Essayez de ressentir une part de cette émotion.

4. Exprimez votre compréhension en disant à l’autre que vous imaginez ce qu’il éprouve.

Note : certains AS sont d’excellents acteurs et savent reproduire les émotions de manière très intense.

Différences de perception sociale

Ma perception sociale

Cochez les affirmations qui vous parlent ; elles peuvent indiquer des difficultés dans la perception sociale :

Remarquer les signaux sociaux

Je peine à comprendre ce qui se passe quand j’intègre un groupe déjà en pleine conversation. J’ai l’impression que les autres perçoivent des choses que je ne vois pas. Les personnes autour de moi rient, mais je ne sais pas toujours pourquoi. Je ne remarque pas immédiatement quand quelqu’un essaie d’attirer mon attention.

On m’a dit que les regards transmettent des messages, mais je n’ai jamais su comment les décoder ni les utiliser.

Lire dans les pensées

J’ignore souvent pourquoi les gens s’énervent contre moi. Je suis déconcerté quand les autres ne disent pas clairement ce qu’ils pensent ; j’exècre qu’on s’attende à ce que je devine leurs pensées. J’ai du mal à concevoir que les autres puissent penser différemment de moi. Parfois, je ne comprends pas ce qu’on attend de moi.

Faire preuve d’empathie

On m’a souvent reproché d’être insensible ou indifférent. Je suis profondément touché quand quelqu’un d’autre souffre. Je réalise parfois trop tard qu’une personne avait besoin de mon aide. Quand un proche rencontre un problème, je souhaite l’aider, mais je ne sais pas comment m’y prendre. Je ne sais pas comment exprimer mes excuses quand il arrive quelque chose de grave à quelqu’un. Quand un être cher est bouleversé, je m’éloigne souvent parce que je me sens submergé.